Samedi 21 mars 2009 6 21 /03 /Mars /2009 13:38


Ces lignes constituent à la fois un témoignage personnel et des réflexions. Elles s'attaquent à des tabous et à des enjeux trop importants pour que je puisse en faire part publiquement dans mon activité professionelle. Tout ceci est bien connu du milieu mais est vécu comme une fatalité. J'estime de mon devoir de contribuer à sensibiliser l'opinion sur cette maladie qui paralyse nos institutions et tirent notre pays vers le bas.

A l'heure d'un endettement critique de notre pays et d'une crise économique et financière mondiale on peut légitimement se poser la question d'accélérer l'amaigrissement du "mammouth", par des non-remplacements de postes.

Néanmoins, il est indiscutable que la performance économique d'un pays, et des entreprises privées en particulier, dépend de la qualité du service public et des prestations qu'il rend aux citoyens et aux entreprises.

 

Le piège, bien connu dans l'Education nationale, consiste à réaliser les suppressions de poste de manière technocratique, à coup de serpe, sans vision suffisante des besoins du terrain. Sur le papier, la proportion entre nombre d'élèves et nombre d'enseignants est sans doute respectée, globalement. Mais si on regarde au cas par cas, on se trouve souvent localement devant des absurdités.

Bienvenue dans le monde de Kafka !

Ceux qui ont déjà fréquenté de l'intérieur les Administrations de l'Etat, les ministères, les établissements publics, et qui ont par ailleurs expérimenté le fonctionnement des entreprises privées, savent que ce sont deux planètes différentes.
Je ne veux pas jeter le discrédit sur les fhommes et les femmes (fonctionnaires ou contractuels) qui travaillent dans le secteur public. Beaucoup sont très dévoués au service du public. Certains sont même à la pointe de l'innovation.
Mais il faut bien reconnaître que l'organisation et le fonctionnement de l'Etat et de ses administrations est incroyablement sous-productif, erratique, irrationnel. Au point que beaucoup de fonctionnaires sont victimes de dépression. Parce que presque tout dysfonctionne !

Quelques exemples pour illustrer ce qui peut apparaître comme une caricature injuste ef fantasmatique :


1. la pratique du "placard" : des milliers de fonctionnaires ou d'employés à statut sont inemployés à la suite de réorganisation, de délit de sale gueule, d'opinions politiques...

Par exemple, à La Poste, environ 3000 employés restent chez eux, pour cause d'incapacité physique plus ou moins vérifiée.
Je croise régulièrement des  cadres de haut niveau sans emploi : "je suis fabusien, mon patron est rocardien" (à la Caisse des dépôts).
On connaît mieux le cas de ces professeurs d'Allemand dans les lycées, qui ne trouvent pas de "clients", mais qui refusent d'enseigner le Français. Donc ils préfèrent, l'Etat préfère, les payer à ne rien faire. Mais l'opinion publique ne s'en émeut pas plus que ça.

2. le poids du politique :
Quand on travaille dans une administration, on sait qu'une grosse partie de son activité consiste à préparer des dossiers de communication pour les politiques (les ministres de tutelle notamment). Confidences à la Direction Générale de la Santé : "on passe notre vie à répondre, dans l'instant et le doigt sur la couture du pantalon, aux demandes pressantes du Ministre qui doit s'adresser aux journalistes sur tel ou tel sujet d'actualité. Après les scandales du sang contaminé, des hormones de croissance, de l'ESB etc., ils sont sur le gril et nous transmettent la pression au quotidien. Nous n'avons plus le temps de nous pencher sérieusement sur des dossier de fond et faire avancer la maîtrise des risques majeurs, conduire les études épidémiologiques etc."
Ce constat est partagé dans tous les secteurs de l'Administration

2. L'absence de culture de l'évaluation, du résultat, de la performance
Les employés voient leur rémunération croître avec l'ancienneté. Qu'on travaille dur et qu'on soit efficace, en respectant les horaires, ou bien qu'on se la coule douce et qu'on parte à 16h pour faire ses courses (c'est très courant aux Impôts), cela ne fait pas de différence. Et après tout, pourquoi faire plus si on n'est pas reconnu ?
Et si on parlait du CNRS ? De nombreux témoignages de proches m'ont sidéré sur la réalité de cette institution : à côté d'équipes très dynamiques et en pointe (notamment dans les unités Inserm), de nombreux services continuent d'exister sans mission ni objectifs particuliers ; ils sont livrés à eux-mêmes. Beaucoup de "chercheurs" se donnent à eux-mêmes des programmes de recherche bidon, afin de continuer à légitimer leur existence et leur emploi. On ne peut évidemment leur en vouloir. Car c'est au responsables qu'il incombe de gérer correctement les deniers publics.
Mais tant que l'opinion publique n'est pas sensibilisée à ce qui se passe réellement dans ce bric à brac qu'est le CNRS, le gouvernement, qu'il soit de droite ou de gauche, éprouvera des difficultés à le réformer : les Français se laisseront séduire par le discours des "pauvres chercheurs" qui manifestent dans la rue "pour l'avenir de la Recherche en France..."
Il en va de même des incroyables privilèges des conducteurs de métro ou de train, qui ont gagné, au fil du temps et au moyen de grèves chantage, un abaissement progressif de leur durée du travail, jusqu'à, pour certains d'entre eux, 28h hebdomadaires !!!

4. La non-gestion des "moutons noirs"

On a toujours considéré, dans le secteur public, qu'on ne pouvait pas licencier des employés. En réalité, il s'agit plus d'une habitude que d'une réalité réglementaire, car le droit public permet de se séparer d'employés fautifs.
Les fonctionnaires ou employés à statut chroniquement absents sans motif valable ne sont pas inquiétés.
Pas plus que les médecins d'hôpitaux qui font des fautes professionnelles graves. Confidence d'un directeur d'hôpital : "j'ai deux chirurgiens killers dans mon établissement. Encore trois ans à tirer jusqu'à la retraite. Je ne peux exposer leur erreurs sans menacer tout l'établissement et enclencher la spirale du malheur. Un hopital qui a mauvaise réputation n'attire plus les bons médecins et soignants, on récolte ceux dont personne ne veut plus. Donc je souffre en silence."

Pour conclure

Parmi nos politiques, certains ne manquent pas de courage. Mais il leur manque le soutien de l'opinion, laquelle a besoin de comprendre l'incroyable sous-performance de notre secteur public, pour accepter des réformes très profondes, en impliquant tous ces hommes et femmes qui y travaillent le plus souvent avec générosité et qui souffrent le plus de manque de reconnaissance et du gâchis quotidien auquel ils sont confrontés
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Par Averroès - Publié dans : Réformer notre société - Communauté : Voltaire et les Monty Python's
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Mercredi 18 mars 2009 3 18 /03 /Mars /2009 00:09
Les prises de position récentes du Pape au sujet de la contraception en Afrique confirment la ligne idéologique du Vatican. Certains membres de forums (celui du journal Le Monde, par exemple), dénoncent une barbarie proche du Nazisme, et en tout cas une décision irresponsable qui envoie à la mort des milliers d'Africains.

Mais au-delà de ce qui apparaît à tout le moins comme une rigidité idéologique et une incapacité à remettre en cause les schémas du passé, on peut se demander si Nietzche n'avait pas vu clair (cf. Ecce Homo) dans la vision qui sous-tend la doctrine catholique : l'Eglise catholique administre la douleur, elle s'en nourrit comme un humus vital, elle légitime son existence et son action par la souffrance humaine, par les limites de l'être humain. Elle glorifie la maladie et la mort comme la voie royale du salut. C'est son fonds de commerce !

Il est significatif que Mère Thérésa de Calcutta se soit plus souciée des mourants que des vivants, en s'opposant aux moyens de contraception modernes. Elle préférait soigner les malades du Sida à New York que contribuer à l'éradication de la maladie...
La prolifération du sida ne pose pas spécialement de problème au Vatican, car la maladie et la souffrance font partie de sa vision de la vie sur terre ("une vallée de larmes").

Nos frères d'Afrique ont sans doute besoin d'autres discours que celui-là.
Par Averroès - Publié dans : Croyances et éthique - Communauté : Voltaire et les Monty Python's
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